{"id":172,"date":"2014-02-05T19:07:28","date_gmt":"2014-02-05T19:07:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/?p=172"},"modified":"2014-02-05T19:07:28","modified_gmt":"2014-02-05T19:07:28","slug":"theorie-et-pratique-dans-lecriture-de-lhistoire","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/?p=172","title":{"rendered":"Th\u00e9orie et pratique dans l\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire"},"content":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\">Pr\u00e9sentation au Colloque anniversaire,\u00a0 <b><i>L\u2019\u00e9tat des lieux en sciences sociales. Vingt ans apr\u00e8s, <\/i><\/b>organis\u00e9 par<b><i> <\/i><\/b>l\u2019\u00c9cole Doctorale en Sciences Sociales de l\u2019Universit\u00e9 de Bucarest<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<h1>Claudia-Florentina Dobre<\/h1>\n<h1><\/h1>\n<h2 align=\"center\">Th\u00e9orie et pratique dans l\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire<\/h2>\n<p align=\"center\"><b>Une \u00e9tude de cas\u00a0: le film documentaire m\u00e9moriel \u00ab\u00a0Les r\u00e9cits du Baragan. Souvenirs de la <i>Sib\u00e9rie<\/i> roumaine\u00a0\u00bb<\/b><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Benedetto Croce affirmait que l\u2019histoire ne peut \u00eatre que contemporaine contrairement aux positivistes qui consid\u00e9raient que l\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire commen\u00e7a seulement quand il n\u2019y avait plus des t\u00e9moins. Ils pensaient pouvoir s\u2019effacer devant les documents, en oubliant que dans l\u2019interpr\u00e9tation des ceux-ci ils portaient des jugements influenc\u00e9s par leur background\u00a0personnel, mais \u00e9galement par le contexte social, politique et id\u00e9ologique de leur \u00e9poque.<\/p>\n<p>Les historiens de l\u2019\u00c9cole des <i>Annales<\/i>, de leur c\u00f4t\u00e9, croyaient \u00e9chapper \u00e0 l\u2019id\u00e9ologie, \u00e0 l\u2019influence de leur temps, en s\u2019int\u00e9ressant aux faits \u00e9conomiques et sociaux. Par exemple, Lucien Febvre essayait de comprendre les soci\u00e9t\u00e9s de jadis en reconstituant leurs syst\u00e8mes de pens\u00e9es et de croyances par l\u2019interm\u00e9diaire du concept d\u2019outillage mental. Les historiens des <i>Annales<\/i> consid\u00e9raient qu\u2019\u00e0 l\u2019aide des constitutions des objets historiques, on peut non seulement comprendre le probl\u00e8me, mais aussi \u00e0 surpasser l\u2019influence du pr\u00e9sent sur le travail de l\u2019historien. Ils utilisaient dans la recherche des m\u00e9thodes emprunt\u00e9es aux disciplines scientifiques comme la statistique. L\u2019histoire s\u00e9rielle semblait permettre \u00e0 l\u2019historien contemporaneiste de se lib\u00e9rer de la contrainte repr\u00e9sent\u00e9e par la masse \u00e9norme des documents. Il travaillait d\u00e9sormais sur des \u00e9chantillons en ignorant que les chiffres peuvent \u00eatre \u00e9galement manipul\u00e9s de la m\u00eame mani\u00e8re que les documents \u00e9crits et les archiv\u00e9s des positivistes.<\/p>\n<p>Si au dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle l\u2019historien s\u2019\u00e9tait mis au service de la nation, l\u2019historien des ann\u00e9es \u201870 a essay\u00e9 de r\u00e9pondre aux demandes sociales. Il s\u2019int\u00e9resse d\u00e9sormais \u00e0 des probl\u00e8mes imm\u00e9diats de la cit\u00e9 et des individus. Micro-histoire, prosopographie deviennent des modes de recherche. Selon Carlo Ginzburg, le promoteur de la microhistoire, l\u2019histoire ne rel\u00e8ve du paradigme galil\u00e9en (exp\u00e9rience-loi), mais d\u2019un paradigme indiciaire. L\u2019historien doit chercher des indices pour construire une d\u00e9monstration qui n\u2019est pas scientifique, mais qui rel\u00e8ve de l\u2019indiciaire. Ainsi, la connaissance du pass\u00e9 reste imparfaite puisque l\u2019historien ne poss\u00e8de que des traces et des indices.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, comme les autres tendances dans l\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire, la micro-histoire n\u2019arrive pas, elle non plus, selon Paul Ricoeur, \u00e0 l\u2019universel, mais \u00e0 une repr\u00e9sentativit\u00e9 limit\u00e9e. Selon le philosophe, \u00e9tant de bout \u00e0 bout \u00e9criture, l\u2019histoire relie \u00e9troitement repr\u00e9sentation et narration<i>.<\/i> La \u00ab\u00a0mise en intrigue\u00a0\u00bb est une des principales composantes de l\u2019op\u00e9ration historiographique. L\u2019historien doit assumer le poids du pass\u00e9, ce que Ric\u0153ur appelle sa \u00ab\u00a0dette\u00a0\u00bb re\u00e7ue en h\u00e9ritage, son \u00ab\u00a0fardeau\u00a0\u00bb, ce qui ne signifie pas qu\u2019il faille c\u00e9der, comme le rappelle Aron, \u00e0 \u00ab\u00a0\u00a0l\u2019illusion r\u00e9trospective de fatalit\u00e9\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 mon avis, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la mondialisation, de l\u2019omnipr\u00e9sence des m\u00e9dias, de la d\u00e9mocratisation des soci\u00e9t\u00e9s, l\u2019historien contemporaneiste doit assumer son r\u00f4le de \u00ab\u00a0t\u00e9moin de second degr\u00e9\u00bb, comme \u00e9crivait Dominic LaCapra<a title=\"\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>, ou de vecteur de m\u00e9moire parmi d\u2019autres, de traducteur et d\u2019interpr\u00e8te des t\u00e9moignages, comme l\u2019affirme Shoshana Felman <a title=\"\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019historien croise l\u2019ethnographe, notamment lorsqu\u2019il s\u2019agit de l\u2019histoire du temps pr\u00e9sent. La m\u00e9moire devient une voie d\u2019acc\u00e8s privil\u00e9gi\u00e9e \u00e0 un pass\u00e9 qui est mort depuis peu dont le fant\u00f4me hante les individus, les groupes et m\u00eame les soci\u00e9t\u00e9s. On recueille les souvenirs de gens ayant jou\u00e9 un r\u00f4le dans l\u2019histoire, mais \u00e9galement des gens ordinaires. La vie quotidienne de monsieur tout le monde int\u00e9resse de plus en plus les historiens. N\u00e9anmoins, dans un si\u00e8cle traumatis\u00e9, comme le XXe si\u00e8cle, l\u2019historien favorise, dans une certaine mesure, \u00a0les \u00a0\u00abr\u00e9cits de vie\u00bb des rescap\u00e9s des camps de concentration nazis, des prisons communistes, de camps de travaux forc\u00e9s, de lieux de d\u00e9portation.<\/p>\n<p>Donc, la voie privil\u00e9gi\u00e9e d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019histoire du pass\u00e9 r\u00e9cent est la m\u00e9moire. Les individus sont convoqu\u00e9s \u00e0 rendre compte de leur vie par l\u2019interm\u00e9diaire des r\u00e9cits de vie. Selon Daniel Bertaux, le r\u00e9cit de vie est un discours narratif qui s\u2019efforce de raconter une histoire r\u00e9elle et qui, de plus, est improvis\u00e9e au sein d\u2019une relation dialogique avec un chercheur qui a d\u2019embl\u00e9e orient\u00e9 l\u2019entretien vers la description d\u2019exp\u00e9riences pertinentes pour l\u2019objet d\u2019\u00e9tude<a title=\"\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Philipe Lejeune affirme qu\u2019un r\u00e9cit de vie est avant tout une structure (la reconstruction discursive d\u2019une exp\u00e9rience v\u00e9cue) et un acte de communication<a title=\"\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Pour Renaud Dulong, dans le cas des exp\u00e9riences historiques traumatisantes, le r\u00e9cit, qui se pr\u00e9sente sous la forme de \u00abm\u00e9moires\u00bb ou de \u00abr\u00e9cits de vie\u00bb, n\u2019est pas un simple message informatif, il est un t\u00e9moignage qui poss\u00e8de parfois une r\u00e9flexivit\u00e9 politique<a title=\"\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. Provoquer une prise de conscience est la meilleure modalit\u00e9 de lutter pour qu\u2019une telle exp\u00e9rience ne soit jamais r\u00e9p\u00e9t\u00e9e.<\/p>\n<p><object width=\"853\" height=\"480\" classid=\"clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000\" codebase=\"http:\/\/download.macromedia.com\/pub\/shockwave\/cabs\/flash\/swflash.cab#version=6,0,40,0\"><param name=\"allowFullScreen\" value=\"true\" \/><param name=\"allowscriptaccess\" value=\"always\" \/><param name=\"src\" value=\"\/\/www.youtube.com\/v\/6z46DWYgoAs?hl=en_US&amp;version=3&amp;rel=0\" \/><param name=\"allowfullscreen\" value=\"true\" \/><embed width=\"853\" height=\"480\" type=\"application\/x-shockwave-flash\" src=\"\/\/www.youtube.com\/v\/6z46DWYgoAs?hl=en_US&amp;version=3&amp;rel=0\" allowFullScreen=\"true\" allowscriptaccess=\"always\" allowfullscreen=\"true\" \/><\/object><\/p>\n<p>Un r\u00e9cit de vie est une m\u00e9moire mise en discours ou plut\u00f4t des bribes de m\u00e9moire organis\u00e9es dans une narration coh\u00e9rente. Cette m\u00e9moire est une s\u00e9lection: certains traits de l\u2019\u00e9v\u00e9nement seront conserv\u00e9s, d\u2019autres sont imm\u00e9diatement ou progressivement \u00e9cart\u00e9s, et donc, oubli\u00e9s. Toute m\u00e9moire individuelle est imbriqu\u00e9e, comme disait Maurice Halbwachs, dans la m\u00e9moire collective. Pour expliquer cette interconnexion des m\u00e9moires, le sociologue a forg\u00e9 le concept des <i>cadres sociaux de la m\u00e9moire<\/i> qui sont des structures inductrices de souvenirs, des souvenirs qui changent en m\u00eame temps que les cadres sociaux de la m\u00e9moire. \u00abEn outre, \u00e0 chaque instant, le cadre social donne \u00e0 nos souvenirs l\u2019\u00e9clairage de sens command\u00e9 par la vision du monde actuel de notre groupe\u00bb<a title=\"\" href=\"#_ftn6\"><sup><sup>[6]<\/sup><\/sup><\/a>. Marie Claire Lavabre consid\u00e8re que la m\u00e9moire reconstruit le pass\u00e9 \u00e0 partir du pr\u00e9sent et en fonction de ses cadres sociaux<a title=\"\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>. Elle est une forme de rapport au pass\u00e9 qui s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la v\u00e9rit\u00e9 du pr\u00e9sent et \u00e0 la construction ou le renforcement d\u2019une identit\u00e9 partag\u00e9e<a title=\"\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019appui de mon approche de l\u2019\u00e9criture de l\u2019histoire et au cr\u00e9dit que j\u2019accorde \u00e0 la m\u00e9moire dans les travaux des historiens, je voudrais vous pr\u00e9senter un court fragment du \u00ab\u00a0making off\u00a0\u00bb du film documentaire m\u00e9moriel, que j\u2019ai r\u00e9alis\u00e9 en collaboration avec Valeriu Antonovici, <i>Les r\u00e9cits de Baragan. Souvenirs de la Sib\u00e9rie roumaine<\/i>, portant sur la m\u00e9moire de la d\u00e9portation pendant le communisme en Roumanie. Le film se fonde sur des r\u00e9cits de vie recueillis aupr\u00e8s des anciens d\u00e9port\u00e9s. Le film r\u00e9unit les souvenirs des t\u00e9moins, les traces et les indices de la d\u00e9portation comme des lieux, des photos, et d\u2019autres objets dans un effort de reconstituer un drame historique, mais \u00e9galement de raconter une \u00ab\u00a0histoire vraie\u00a0\u00bb sur les formes de la r\u00e9pression en Roumanie des ann\u00e9es \u201950.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<hr align=\"left\" size=\"1\" width=\"33%\" \/>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Dominick LaCapra, <i>History and Memory after Auschwitz<\/i>, Cornell University Press, Ithaca and London, 1998, p. 11.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Shoshana Felman, \u00abThe Return of the Voice: Claude Lanzmann\u2019s Shoah\u00bb, in Shoshana Felman,<i> Testimony. Crises of witnessing in Literature, psychoanalysis, and history<\/i>, New York-London, Routledge, 1992, p. 213.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Daniel Bertaux, <i>Les r\u00e9cits de vie<\/i>, Paris, Editions Nathan, 1997, p. 65.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Philippe Lejeune, <i>Je est un autre. L\u2019autobiographie de la litt\u00e9rature aux m\u00e9dias<\/i>, Paris, Seuil, 1980, p. 278.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Renaud<i> <\/i>Dulong, <i>Le t\u00e9moin oculaire. Les conditions sociales de l\u2019attestation personnelle<\/i>, Paris, Ed. de l\u2019Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, 1998<i>, <\/i>p. 16.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref6\"><sup><sup>[6]<\/sup><\/sup><\/a> Gerard Namer,<i> <\/i><i>M\u00e9moire et soci\u00e9t\u00e9<\/i>, Paris, M\u00e9ridiens Klincksieck, 1987, \u00a0pp. 37-39.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Marie-Claire Lavabre, \u00abUsages et m\u00e9susages de la notion de m\u00e9moire\u00bb, in <i>Critique internationale<\/i>, no. 7, avril 2000, p. 54.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><a title=\"\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Marie-Claire Lavabre, \u00abUsages du pass\u00e9, usages de la m\u00e9moire\u00bb, in <i>Revue fran\u00e7aise de science politique<\/i>, vol. 44, no. 3, juin 1994, p. 487.<\/p>\n<\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Pr\u00e9sentation au Colloque anniversaire,\u00a0 L\u2019\u00e9tat des lieux en sciences sociales. 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