{"id":257,"date":"2014-02-16T11:23:51","date_gmt":"2014-02-16T11:23:51","guid":{"rendered":"http:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/?p=257"},"modified":"2014-02-16T11:23:51","modified_gmt":"2014-02-16T11:23:51","slug":"la-deportation-dans-la-roumanie-communiste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/?p=257","title":{"rendered":"La d\u00e9portation dans la Roumanie communiste"},"content":{"rendered":"<p>La d\u00e9portation et la d\u00e9localisation des personnes sont d\u2019autres moyens de r\u00e9pression imagin\u00e9s par les communistes et inspir\u00e9s par le Goulag sovi\u00e9tique. Des Roumains, Bulgares, Serbes, Allemands, Juifs, gens de Bessarabie et de Bukovine du nord, Aroumains, M\u00e9gl\u00e9no-Roumains, etc. ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9s, entre 1949 et 1964, de leur r\u00e9gion \u00e0 la plaine de Baragan.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Second Goulag\u00a0\u00bb, selon Nicolas Werth, la d\u00e9portation a fait de nombreuses victimes, dont des enfants, des femmes et des vieillards qui se sont retrouv\u00e9s, du jour au lendemain, sans aucun moyen d\u2019existence, abandonn\u00e9s sans eau ni nourriture dans les champs vides du Baragan. Bien qu\u2019en 1967, la d\u00e9portation ait \u00e9t\u00e9 reconnue comme ill\u00e9gale, m\u00eame par les autorit\u00e9s communistes, personne n\u2019a \u00e9t\u00e9 r\u00e9habilit\u00e9 avant la chute du communisme.<\/p>\n<p>Les d\u00e9portations ont commenc\u00e9 d\u00e8s le 6 mars 1945 et ont continu\u00e9 jusqu\u2019au 1965. Les premi\u00e8res mesures de d\u00e9portation visaient les ethniques Allemands accus\u00e9s de collaboration avec les nazis et d\u00e9port\u00e9s en Sib\u00e9rie. S\u2019ensuit la d\u00e9localisation des familles de propri\u00e9taires terriens, des hommes d\u2019affaires et d\u2019autres grands propri\u00e9taires.<\/p>\n<p>Un bon nombre des paysans qui se sont r\u00e9volt\u00e9s dans les ann\u00e9es\u00a01950, pendant la collectivisation, ont \u00e9t\u00e9 \u00e9galement d\u00e9port\u00e9s. Les d\u00e9tenus politiques jug\u00e9s encore dangereux pour l\u2019ordre social, une fois lib\u00e9r\u00e9s, ne jouissaient pas de la libert\u00e9 de mouvement. Ils \u00e9taient envoy\u00e9s en domicile obligatoire, dans des villages \u00e9loign\u00e9s, o\u00f9 ils \u00e9taient surveill\u00e9s par la milice locale.<\/p>\n<p>La d\u00e9portation et le domicile obligatoire furent une pratique constante de la r\u00e9pression. N\u00e9anmoins, son \u00e9pisode le plus tragique a eu lieu la nuit de 18 au 19 juin 1951, lorsque 44 000 personnes d\u2019une r\u00e9gion de 25 kilom\u00e8tres autour de la fronti\u00e8re avec la Yougoslavie ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9es dans la plaine de Baragan, sur l\u2019actuel territoire des d\u00e9partements de Braila, Calarasi et Ialomita, Galati.<\/p>\n<p>En pleine nuit, les gens s\u00e9lectionn\u00e9s par les autorit\u00e9s communistes, d\u00e9clar\u00e9s \u00ab\u00a0ennemis du peuple\u00a0\u00bb, ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s d\u2019abandonner leurs maisons et leurs propri\u00e9t\u00e9s pour \u00ab\u00a0nulle part\u00a0\u00bb. Certains d\u2019entre eux ont re\u00e7u le droit de prendre avec eux leurs animaux, leurs chariots et des biens, notamment de la nourriture. D\u2019autres ont \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9s dans l\u2019inconnu les mains vides, sauf trois fois rien, quelques v\u00eatements et du pain. Leurs maisons et leurs autres propri\u00e9t\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9es par les autorit\u00e9s. Ils en ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9dommag\u00e9s. N\u00e9anmoins, les sacs d\u2019argent qu\u2019ils ont re\u00e7u ne valaient rien, \u00e0 cause de l\u2019inflation galopante qui marquait l\u2019\u00e9conomie du pays \u00e0 l\u2019\u00e9poque.<\/p>\n<p>Des familles enti\u00e8res et des personnes seules ont \u00e9t\u00e9 rassembl\u00e9es comme du b\u00e9tail dans les trains de marchandises et envoy\u00e9es vers le sud-est de la Roumanie. Le voyage a \u00e9t\u00e9 long et effrayant. Pendant plusieurs jours, les gens, notamment ceux de Bessarabie, ont v\u00e9cu avec la peur continuelle d\u2019\u00eatre d\u00e9port\u00e9s en Sib\u00e9rie. Une Sib\u00e9rie roumaine, \u00e0 savoir la plaine de Baragan.<\/p>\n<p>Les trains gard\u00e9s par les officiers de la Militia et de la Securitate ont travers\u00e9 la Roumanie pendant plusieurs nuits pour arriver \u00e0 destination. D\u00e9barqu\u00e9s dans les gares de Baragan, les d\u00e9port\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 ensuite embarqu\u00e9s dans des chariots, des tracteurs ou des camions et transport\u00e9s jusqu\u2019aux champs de bl\u00e9, de coton ou de luzerne rest\u00e9s vides apr\u00e8s la moisson. Sur les champs, des pieux marquaient les \u00ab\u00a0lots\u00a0\u00bb attribu\u00e9s \u00e0 chaque famille ou personne. Entre les pieux, rien, juste le champ.<\/p>\n<p>Les premiers jours ont \u00e9t\u00e9 inimaginables. L\u2019eau potable et la nourriture manquaient. De m\u00eame, les toits pour s\u2019abriter. Surveill\u00e9s jour et nuit par la Militia, les d\u00e9port\u00e9s n\u2019avaient pas la permission de quitter leurs champs pour aller s\u2019approvisionner.<\/p>\n<p>Certaines r\u00e9gions de la plaine de Baragan, nouveau domicile des d\u00e9port\u00e9es, ont \u00e9t\u00e9 visit\u00e9es par la pluie d\u2019\u00e9t\u00e9, abondante et dense. La mort rendit aussi visite aux nouveaux arrivants. Elle obligea les survivants \u00e0 s\u2019organiser afin de survivre.<\/p>\n<p>Des huttes commencent \u00e0 se b\u00e2tir d\u2019urgence. Les enfants sont envoy\u00e9s en cachette chercher de l\u2019eau et de la nourriture. La vie s\u2019organise.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s une attente effrayante, les autorit\u00e9s agissent finalement. Elles d\u00e9cident d\u2019informer les d\u00e9port\u00e9s sur leur avenir. Ils sont d\u00e9clar\u00e9s \u00ab\u00a0ennemis du peuple\u00a0\u00bb, et l\u2019endroit assign\u00e9 \u00e0 chaque famille ou personne est leur \u00ab\u00a0domicile obligatoire (D.O)\u00a0\u00bb. Un \u00ab\u00a0D.O\u00a0\u00bb appos\u00e9 sur leur carte d\u2019identit\u00e9 pour bien marquer leur destin. Des mat\u00e9riaux de construction sont \u00e9galement apport\u00e9s. Les d\u00e9port\u00e9s sont encourag\u00e9s \u00e0 b\u00e2tir leurs maisons et leurs villages. Des maisons typiques sont construites en quelques mois. Chaque village a aussi d\u00fb se construire une \u00e9cole, une mairie et un si\u00e8ge de la Militia.<\/p>\n<p>Un an apr\u00e8s la d\u00e9portation de 1951, 18 nouveaux villages apparaissent sur la carte du Baragan\u00a0: Vii\u015foara, R\u0103chitoasa, Olaru, Salc\u00e2mi, D\u00e2lga, Movila G\u00e2ld\u0103ului, Valeea Viilor, Fundata, Dropia, Pelican, Ezeru, L\u0103te\u015fti, M\u0103z\u0103reni, Zagna, Bumb\u0103cari, Schei, Frumu\u015fi\u0163a, Valea C\u0103lm\u0103\u0163uiului.<\/p>\n<p>La vie de ces villages est rythm\u00e9e par la mort (pendant les cinq ans de la d\u00e9portation, plus de 1 500 personnes y ont laiss\u00e9 leurs d\u00e9pouilles), par la vie (un nombre presque \u00e9gal a vu la lumi\u00e8re du jour), et par l\u2019obligation de travailler pour se nourrir et pour enrichir l\u2019\u00c9tat communiste. Cette derni\u00e8re obligation visait m\u00eame les enfants et les vieillards, les femmes enceintes et les malades. Nul n\u2019\u00e9tait \u00e9pargn\u00e9. La Militia contr\u00f4lait tout. Les gens, les maisons, les relations, la vie et la mort.<\/p>\n<p>Les chiens n\u2019aboyaient pas dans les villages des \u00ab\u00a0D.O\u00a0\u00bb. Les d\u00e9port\u00e9s trouvaient \u00e0 peine de quoi manger eux-m\u00eames, ils ne pouvaient pas nourrir de chiens ! Les enterrements n\u2019\u00e9taient pas remplis des cris et des larmes des survivants, mais d\u2019un silence d\u00e9tach\u00e9 de ceux-ci, sachant que ceux qu\u2019ils aimaient \u00e9taient\u00a0 lib\u00e9r\u00e9s du poids de la vie en \u00ab\u00a0D.O\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Cette situation dura pendant plus de quatre ans. En 1955, les autorit\u00e9s communistes ont d\u00e9cid\u00e9 de lib\u00e9rer les gens assign\u00e9s au domicile obligatoire. Ainsi, l\u2019\u00e9t\u00e9 1955, on a annonc\u00e9 aux gens qu\u2019ils \u00e9taient libres de partir et de rentrer chez eux. Si pour les Serbes, les Bulgares, les Allemands et les Roumains rentrer pouvait repr\u00e9senter une option, pour les gens de Bessarabie, de Bukovine, et les Aroumains, ils n\u2019avaient plus de chez eux. Ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 dispers\u00e9s au Banat et en Oltenia apr\u00e8s l\u2019ultimatum de juin 1941. Dans la plupart des cas, ils n\u2019avaient pas de chez eux en Roumanie\u00a0! Ils ont donc choisi de rester sur place. N\u00e9anmoins, ils n\u2019y ont pas trouv\u00e9 la paix. Quelques ann\u00e9es plus tard, les communistes ont d\u00e9cid\u00e9 de faire table rase de tous les villages de la d\u00e9portation. Les gens qui y r\u00e9sidaient ont \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s, une fois de plus, d\u2019abandonner leurs maisons et leurs biens et de chercher une vie ailleurs. La plupart se sont install\u00e9s dans les villages avoisinants. D\u2019autres sont all\u00e9s dans les villes de la r\u00e9gion o\u00f9 ils ont retrouv\u00e9 leurs enfants et des membres de leurs familles.<\/p>\n<p>Les villages ont disparu \u00e0 jamais. M\u00eame les cimeti\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 ras\u00e9s. Parfois, une petite for\u00eat cache encore quelques croix qui rendent compte de la vie et de la mort des anciens d\u00e9port\u00e9s.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la chute du communisme, les d\u00e9port\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9habilit\u00e9s et ont re\u00e7u une indemnisation et d\u2019autres maigres privil\u00e8ges pour leurs ann\u00e9es de domicile obligatoire. Certains ont m\u00eame r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 leurs terres et se sont mis \u00e0 reconstruire leurs maisons. Quelques anciens villages ont connu une renaissance assum\u00e9e. Leurs belles maisons rendent compte de la r\u00e9ussite de ces gens opprim\u00e9s qui ont surv\u00e9cu \u00e0 tous leurs malheurs. Des monuments et des \u00e9glises, des cimeti\u00e8res refaits sont autant de t\u00e9moins pour les temps \u00e0 venir de la trag\u00e9die de la d\u00e9portation.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Extrait du livre, Claudia-Florentina Dobre<i>, Un pays derri\u00e8re les barbel\u00e9s. Br\u00e8ve histoire de la r\u00e9pression communiste en Roumanie<\/i>, Fondation Culturelle Memoria, 2013, p. 45-51.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La d\u00e9portation et la d\u00e9localisation des personnes sont d\u2019autres moyens de r\u00e9pression imagin\u00e9s par les communistes et inspir\u00e9s par le Goulag sovi\u00e9tique. Des Roumains, Bulgares, Serbes, Allemands, Juifs, gens de Bessarabie et de Bukovine du nord, Aroumains, M\u00e9gl\u00e9no-Roumains, etc. ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9port\u00e9s, entre 1949 et 1964, de leur r\u00e9gion \u00e0 la plaine de Baragan. \u00ab\u00a0Second <a href=\"https:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/?p=257\" class=\"more-link\">more<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":173,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[79],"tags":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/257"}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=257"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/257\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":258,"href":"https:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/257\/revisions\/258"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/media\/173"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=257"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=257"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.memorialuldeportarii.ro\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=257"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}